L’essentiel en quatre points
- Il n’existe aucune assurance santé privée européenne unique. L’Union coordonne les régimes publics et ouvre un marché unique aux assureurs, elle ne vend aucun contrat.
- La carte européenne d’assurance maladie n’est pas une assurance privée. Elle est publique, gratuite, et elle ne couvre ni le rapatriement, ni les soins programmés.
- Le mot « privé » ne veut pas dire la même chose d’un pays à l’autre. Aux Pays-Bas et en Suisse, l’assurance privée est la couverture de base obligatoire. En Espagne ou en Irlande, elle ne rembourse presque rien, elle achète de la vitesse.
- Ce qu’il vous faut dépend d’abord de votre situation, pas du pays : séjour court, études, installation durable ou maintien à la charge de la France ne donnent pas la même réponse.
Vous cherchez une « assurance santé privée européenne ». Derrière ces trois mots, il y a en réalité trois produits qui n’ont rien à voir entre eux, et une confusion que presque personne ne prend le temps de lever : celle entre la coordination publique des régimes de sécurité sociale en Europe et le marché privé de l’assurance santé.
Cet article part de sources primaires et datées : le rapport Health at a Glance: Europe 2024 publié conjointement par l’OCDE et la Commission européenne pour les chiffres, le panorama La complémentaire santé de la DREES pour les définitions, et les administrations nationales elles-mêmes pour les montants et les délais de chaque pays. Il vous donne la grille de lecture pays par pays, puis un outil pour savoir ce que « privé » signifie là où vous allez.
« Assurance santé privée européenne » : trois choses différentes sous un seul nom
Quand cette expression revient, elle recouvre presque toujours l’une de ces trois réalités.
La carte européenne d’assurance maladie
Un document public et gratuit, délivré par votre caisse française, qui vous ouvre les soins nécessaires pendant un séjour temporaire dans un autre pays européen. Ce n’est pas un contrat d’assurance et personne ne vous le vend.
Un contrat privé vendu en France à une personne sans Sécurité sociale
C’est l’assurance dite « au premier euro », souscrite par des étrangers en France ou par des Français en rupture de droits. Nous la traitons dans notre guide sur l’assurance santé privée sans sécurité sociale.
Un contrat privé souscrit dans votre pays d’accueil européen
C’est le vrai sujet de cette page. Et là, tout dépend du pays, parce que le rôle de l’assurance privée y est défini par ce que le système public laisse de côté.
Ce qui existe à l’échelle européenne, et ce qui n’existe pas
L’Union européenne n’a jamais créé de couverture santé européenne. Elle a fait deux choses très différentes, et les confondre coûte cher.
Elle coordonne les régimes publics. Le portail officiel de la Commission européenne, Your Europe, formule le principe ainsi : on détermine quel pays est responsable de la protection sociale et de la couverture médicale d’une personne « en fonction de sa situation économique et de son lieu de résidence », et non de sa nationalité. La même page prévient : « Les pays de l’UE définissent leurs propres règles en matière de droits aux prestations et aux services de soins de santé. » (page vérifiée le 15 janvier 2026.)

Cette règle a un texte, et il tient en deux phrases. Le règlement (CE) n° 883/2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale pose à son article 11, paragraphe 1 : « Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu’à la législation d’un seul État membre. » Le paragraphe 3 dit lequel : « la personne qui exerce une activité salariée ou non salariée dans un État membre est soumise à la législation de cet État membre », et, pour les personnes sans activité, la législation « de l’État membre de résidence ». C’est ce texte, pas un contrat, qui décide qui paie vos soins.
Elle ouvre un marché unique aux assureurs. Un assureur agréé dans un État de l’Espace économique européen peut couvrir un résident d’un autre État. Cela ne crée pas un produit européen : cela crée la possibilité, pour un assureur néerlandais ou irlandais, de vous vendre un contrat. Le contenu du contrat, lui, reste calé sur le système de santé du pays où vous vivez.
La carte européenne d’assurance maladie n’est pas une assurance privée
Elle est publique, gratuite, et elle vous donne accès aux soins médicalement nécessaires pendant un séjour temporaire, dans les conditions du pays visité. Elle ne paie pas le rapatriement sanitaire, elle ne couvre pas les soins programmés à l’étranger, et elle ne vous dispense pas d’avancer les frais dans plusieurs pays. Pour le détail, voyez notre page sur l’assurance santé et le voyage à l’étranger.

Trois rôles possibles pour l’assurance privée, selon ce que le public laisse
L’OCDE classe l’assurance santé privée volontaire selon la fonction qu’elle remplit. La DREES reprend cette grille dans son panorama La complémentaire santé, édition 2024, et c’est elle qui donne la clé de lecture de toute l’Europe.

Complémentaire
Selon la DREES, elle est souscrite « pour couvrir les copaiements laissés à la charge des assurés ». C’est le modèle français, belge et luxembourgeois.
France, Belgique
Supplémentaire
Elle « rembourse des prestations non incluses dans le panier de soins de base (souvent l’optique et le dentaire) ». C’est le modèle néerlandais, suisse et autrichien.
Pays-Bas, Suisse
Duplicative
Elle « double la couverture de base » pour « avoir le choix de son professionnel de santé » ou « éviter les files d’attente ». C’est le modèle irlandais, portugais, espagnol et britannique.
Irlande, Portugal
Il existe un quatrième cas, plus rare et beaucoup plus lourd de conséquences : l’assurance privée qui remplace la couverture publique. La DREES écrit qu’en Allemagne « certains travailleurs (dont les indépendants et les fonctionnaires) peuvent renoncer à s’affilier à l’assurance maladie publique pour s’assurer auprès d’un organisme privé ». C’est le seul pays de notre tableau où ce choix vous est ouvert, et nous verrons plus bas à quelles conditions chiffrées.
Ce que « privé » veut dire dans douze pays européens
Le tableau ci-dessous croise les trois publications de référence du rapport Health at a Glance: Europe 2024 de l’OCDE et de la Commission européenne : la part de la population couverte par une assurance privée (figure 7.4), la part de la dépense de santé restant à la charge des ménages (figure 5.5), et la couverture publique poste par poste (figure 7.5). Sauf mention contraire, les données portent sur 2022.
| Pays | Comment marche la couverture de base | Rôle dominant de l’assurance privée | Population couverte par une assurance privée | Reste à charge des ménages | Le trou que l’assurance privée bouche |
|---|---|---|---|---|---|
| France (repère) | Assurance maladie obligatoire | Complémentaire | 96,4 % (2019) | 8,9 % | Le public paie 67,3 % du dentaire et 69,1 % des appareillages : sur les appareillages, le meilleur niveau du tableau. |
| Allemagne | Caisses d’assurance maladie obligatoires | Complémentaire | 27,3 % (2022) | 10,7 % | Le public paie 72,4 % du dentaire, le meilleur niveau du tableau : le privé sert surtout au confort hospitalier. |
| Autriche | Caisses d’assurance maladie obligatoires | Supplémentaire | 38,1 % (2022) | 16,0 % | Le public ne couvre que 47,7 % du dentaire : le privé achète surtout la classe hospitalière. |
| Belgique | Assurance obligatoire via les mutualités | Complémentaire | 97,4 % (2022) | 20,0 % | Le public ne paie que 67,4 % des soins de ville et 32,6 % du dentaire. |
| Espagne | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | 14,6 % (2020) | 19,2 % | Le public paie 1,8 % du dentaire et 2,9 % des appareillages : les niveaux les plus bas du tableau. |
| Grèce | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | 19,0 % (2022) | 33,5 % | Le public ne couvre que 65,4 % des frais d’hospitalisation, et le reste à charge des ménages y est le plus élevé du tableau. |
| Irlande | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | 47,6 % (2022) | 10,7 % | L’assurance privée y finance 10,6 % de la dépense de santé, le niveau le plus élevé du tableau. |
| Italie | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | Non publié | 22,7 % | Le public ne paie que 58,8 % des soins de ville et 15,3 % des appareillages. |
| Luxembourg | Caisse nationale de santé obligatoire | Complémentaire | 67,3 % (2022) | 8,7 % | Le public paie 89,1 % des soins de ville : le trou est surtout dentaire, à 47,7 %. |
| Pays-Bas | Assurance de base obligatoire, souscrite chez un assureur privé | Supplémentaire | 83,4 % (2022) | 10,0 % | Le public ne paie que 12,4 % du dentaire, et le dentaire des adultes est hors du panier de base. |
| Portugal | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | 33,7 % (2022) | 29,6 % | Le public ne paie que 56,2 % des soins de ville. |
| Royaume-Uni | Service national de santé, financé par l’impôt | Duplicative | 10,9 % (2022) | 13,3 % | Le public paie 43,3 % du dentaire, et l’attente est le vrai motif d’achat. |
| Suisse | Assurance de base obligatoire, souscrite chez un assureur privé | Supplémentaire | 28,1 % (2022) | 21,6 % | Le public paie 7,7 % du dentaire, presque rien. |
Sources. OCDE et Commission européenne, Health at a Glance: Europe 2024, figures 7.4 (page 183), 7.5 et 5.5, fichiers de données mis à jour le 18 novembre 2024. Les taux de couverture excluent l’assurance privée dite primaire, celle qui tient lieu de couverture de base. L’OCDE précise qu’en Allemagne et au Luxembourg, l’assurance privée additionnelle peut être à la fois complémentaire et supplémentaire, que les données françaises portent sur 2019 et les données espagnoles sur 2020, et elle ne publie pas de taux de couverture privée pour l’Italie.

Trois lectures sautent aux yeux.
- La Belgique ressemble à la France de loin, pas de près. 97,4 % des Belges ont une complémentaire, comme 96,4 % des Français. Mais le reste à charge des ménages y pèse 20,0 % de la dépense de santé contre 8,9 % en France, et le public ne paie que 67,4 % des soins de ville contre 85,3 % chez nous.
- En Espagne, le public ne rembourse quasiment pas le dentaire. 1,8 % des dépenses dentaires et 2,9 % des appareillages, les niveaux les plus bas des treize lignes du tableau. Pourtant, seuls 14,6 % des Espagnols ont une assurance privée, et elle est duplicative : elle sert à éviter l’attente, pas à se faire rembourser une couronne.
- L’Irlande est, des treize, le pays où l’assurance privée pèse le plus lourd dans le financement des soins, à 10,6 % de la dépense de santé, alors même que le reste à charge des ménages y est très bas, à 10,7 %. C’est la signature d’un système où l’on paie pour aller plus vite, pas pour être remboursé. Un seul pays européen la dépasse dans la même figure 5.5, la Slovénie, à 12,6 %.
L’outil : ce que « privé » veut dire là où vous allez
Votre situation compte autant que le pays. Le tableau suivant résume qui paie vos soins selon les quatre cas de figure les plus courants, et l’outil croise les deux.
| Votre situation | Qui paie vos soins | Ce que vous devez avoir |
|---|---|---|
| Séjour touristique ou court séjour | La France, via votre caisse d’assurance maladie | La carte européenne d’assurance maladie (CEAM) |
| Études ou stage | La France si vous restez affilié, sinon le régime du pays d’accueil | La CEAM, ou une inscription au régime local |
| Travail sur place ou installation durable | Le pays où vous travaillez et résidez | Une affiliation au régime du pays d’emploi |
| Détachement ou retraite à la charge de la France | La France, qui rembourse le pays d’accueil | Le formulaire A1 pour un détachement, le S1 pour une retraite |
Que veut dire « assurance santé privée » là où vous allez ?
Choisissez une destination et une situation. Les chiffres viennent du tableau de référence ci-dessus.
1Où allez-vous ?
2Pour quoi faire ?
Reste à charge des ménages : 10,7 % de la dépense de santé, contre 8,9 % en France, soit 1,2 fois le niveau français.
Sources des chiffres : OCDE et Commission européenne, Health at a Glance: Europe 2024, figures 7.4, 7.5 et 5.5, données 2022 sauf mention. Cet outil décrit un cadre général, il ne remplace pas l’avis de votre caisse d’assurance maladie ni celui d’un professionnel.
Quatre situations, quatre réponses
Séjour touristique ou court séjour : la carte, plus une assurance voyage
Vous restez affilié en France. La carte européenne d’assurance maladie vous ouvre les soins médicalement nécessaires, dans les conditions locales, ce qui veut dire aussi avec les tickets modérateurs locaux. Elle ne finance ni le rapatriement, ni l’assistance. C’est la seule brique que le privé apporte réellement ici, et elle se trouve dans une assurance voyage : voyez notre page sur l’assurance santé et le rapatriement.
Études ou stage : la question est celle de votre affiliation
Tant que vous restez rattaché au régime français, la carte européenne suffit pour les soins courants. Dès que vous vous inscrivez au régime du pays d’accueil, c’est lui qui devient compétent, avec ses propres trous : dentaire quasi nul en Espagne, dentaire des adultes hors du panier de base aux Pays-Bas. Notre guide dédié détaille les cas de figure pour l’assurance santé d’un étudiant à l’étranger.
Installation durable : c’est là que tout se joue
Si vous travaillez sur place avec un contrat local, vous relevez du régime de ce pays. Et le mot « privé » change alors complètement de sens selon l’endroit.
Aux Pays-Bas et en Suisse, l’assurance privée n’est pas un supplément, c’est la base. La DREES le décrit sans ambiguïté : ces deux pays « ont mis en place un système d’assurance maladie obligatoire pour tous les résidents, mais en ont confié la gestion à des assureurs privés mis en concurrence », et les assurances privées obligatoires y financent respectivement 50 % et 38 % de la dépense courante de santé en 2021. Point crucial pour votre budget : dans ces systèmes, la DREES rappelle que les assurances privées volontaires « ont l’interdiction de prendre en charge les franchises et autres copaiements imposés par la couverture de base ». Autrement dit, la franchise reste à votre charge, aucun contrat ne la rachète.
Dans les services nationaux de santé, le public vous couvre, et le privé vend du temps. Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Irlande, Royaume-Uni : une fois résident, vous êtes couvert. L’assurance privée locale ne vient pas compléter un remboursement, elle ouvre l’accès au secteur privé. La DREES note d’ailleurs qu’en Espagne et au Royaume-Uni, « les assurés ayant souscrit une assurance privée duplicative ne sont pas dispensés de financer par leurs impôts le régime public ». Vous payez deux fois.

En Allemagne, vous avez un vrai choix, et il est difficile à défaire. C’est le seul pays de notre tableau où une partie des actifs peut sortir de la caisse publique pour une assurance privée de substitution. Le calcul est séduisant quand on est jeune, célibataire et bien payé, parce que la prime privée ne dépend pas du revenu. Il l’est beaucoup moins ensuite : la prime privée suit l’âge et l’état de santé, elle n’intègre pas gratuitement les ayants droit, et le retour vers la caisse publique se referme. La section suivante donne les deux chiffres qui commandent cet arbitrage.
Détachement ou retraite : vous restez à la charge de la France
Un salarié détaché reste affilié au régime français et emporte le formulaire A1. Un retraité qui perçoit une pension française et s’installe dans un autre pays européen relève d’un mécanisme voisin, avec un formulaire S1 délivré par sa caisse, qui lui ouvre les soins locaux aux frais de la France. Dans les deux cas, votre couverture de base ne change pas de main, mais elle s’exerce dans un système qui n’est pas le vôtre : c’est votre complémentaire française qui doit couvrir ce qui dépasse. Notre page sur l’assurance santé à l’étranger détaille les formulaires et les situations.
Aux Pays-Bas et en Suisse, un formulaire français ne vous dispense pas de tout
Ces deux pays financent leur couverture de base par des contrats privés obligatoires. Quand vous êtes maintenu à la charge de la France, votre affiliation locale obéit à des règles particulières, y compris financières. Faites confirmer votre situation par votre caisse ou par le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS) avant le départ, pas après le premier soin.
Cinq pays où un seul chiffre change la décision
Les tableaux disent la structure. Ce sont les montants et les délais qui décident. Voici, pour les cinq pays où l’assurance privée pèse le plus lourd sur le portefeuille d’un nouvel arrivant, le chiffre officiel à connaître avant de partir. Tous viennent de l’administration compétente du pays, aucun d’un comparateur.
Pays-Bas : l’assurance de base est privée, obligatoire, et son prix est public
Le gouvernement néerlandais ne laisse aucune place au doute : qui vit ou travaille aux Pays-Bas doit souscrire une assurance de base (basisverzekering). Ce n’est pas un complément, c’est le socle, et il s’achète chez un assureur privé. Pour 2026, Rijksoverheid.nl publie une prime moyenne de 1 884 € par an, soit environ 157 € par mois, et une franchise obligatoire, l’eigen risico, de 385 € : vous réglez vos 385 premiers euros de soins du panier de base avant que l’assureur n’intervienne. Les moins de 18 ans ne paient ni prime ni franchise. L’assurance complémentaire (aanvullende verzekering) reste facultative, et, la DREES l’a rappelé plus haut, elle n’a pas le droit de racheter cette franchise.
Suisse : trois mois pour s’assurer, sinon le canton choisit à votre place
L’Office fédéral de la santé publique répond « Oui, l’assurance-maladie est obligatoire en Suisse », notamment si vous y êtes domicilié ou si vous détenez un permis de séjour valable trois mois ou plus. Le délai est écrit noir sur blanc : vous devez vous assurer « dans les trois mois à compter du moment où l’obligation de s’assurer s’applique, p. ex. après votre prise de domicile », avec « effet rétroactif au début de l’obligation d’assurance », donc avec les primes correspondantes. Passé ce délai, l’autorité désignée par le canton « vous affiliera d’office », et « c’est l’autorité cantonale qui choisit un assureur-maladie à votre place ». Détail qui surprend les familles françaises : la couverture « est individuelle pour les adultes comme pour les enfants (pas d’assurance familiale) ».
La participation aux coûts est fixée par le même office : franchise ordinaire de 300 francs par an, quote-part de 10 % au-delà, plafonnée à 700 francs par an (350 francs pour les moins de 18 ans), et 15 francs par jour de séjour hospitalier, sans limite de durée. Soit jusqu’à 1 000 francs de reste à charge annuel avant même de parler du dentaire, que le régime de base ne finance qu’à hauteur de 7,7 %.
Allemagne : 77 400 € pour avoir le droit de sortir, et une porte qui se referme
Le ministère fédéral de la Santé décrit précisément qui peut quitter la caisse publique (GKV) pour une assurance privée (PKV) : les indépendants, les fonctionnaires, et les salariés dont le revenu dépasse le seuil d’assujettissement, la Versicherungspflichtgrenze, aussi appelée Jahresarbeitsentgeltgrenze. Ce seuil est révisé chaque année et s’établit, pour 2026, à 77 400 € par an, soit 6 450 € par mois. En dessous, la question ne se pose pas : vous êtes affilié au régime légal. Le chiffre est confirmé par le tableau officiel des paramètres de sécurité sociale 2026 publié par le ministère fédéral du Travail.
Le retour, lui, n’est pas garanti. Le même ministère écrit, dans sa page sur le passage entre GKV et PKV mise à jour le 19 janvier 2026, que cette possibilité de retour du privé vers le régime légal n’existe pas pour les personnes qui ont accompli leur 55e année, n’ont pas été assurées au régime légal au cours des cinq dernières années et ont été, pendant au moins la moitié de cette période, exemptées d’assurance, dispensées de l’obligation d’assurance ou indépendantes à titre principal. Sortir à 35 ans est un calcul. Vouloir rentrer à 56 ans peut être impossible.
Irlande : souscrire après 35 ans se paie 2 % par année manquée
L’Irlande applique un mécanisme sans équivalent français, le Lifetime Community Rating. Son régulateur, la Health Insurance Authority, l’explique ainsi : si vous achetez une assurance santé pour la première fois à 35 ans ou plus, vous payez 2 % du coût brut du contrat par année écoulée au-delà de 34 ans sans couverture. L’exemple est le sien : une première souscription à 45 ans donne une majoration de 22 % (onze années à 2 %), soit 1 220 € pour un contrat affiché 1 000 €. La majoration est plafonnée à 70 %, elle se paie pendant dix ans au maximum, et elle ne vise que les contrats couvrant l’hospitalisation.
Ce point mérite une vérification personnelle : la Health Insurance Authority renvoie les personnes qui arrivent d’un autre pays vers une page dédiée aux nouveaux arrivants. Nous n’avons pas vérifié le détail des équivalences accordées à une couverture antérieure française. Posez la question au régulateur ou à l’assureur avant de repousser une souscription.
Royaume-Uni : ce n’est plus une assurance, c’est une ligne de votre visa
Depuis le Brexit, un Français qui s’installe au Royaume-Uni ne souscrit pas une assurance privée, il paie une surtaxe santé au moment de sa demande de visa, l’Immigration Health Surcharge. GOV.UK publie le barème : 1 035 £ par an pour la plupart des demandes, 776 £ par an pour les étudiants, leurs ayants droit, les titulaires d’un visa Youth Mobility Scheme et les demandeurs mineurs. Un visa de trois ans représente donc 3 105 £ de surtaxe, payables d’avance. Elle ouvre l’accès au NHS, elle ne remplace pas une assurance voyage.
Pour un simple séjour, rien de tout cela. Le ministère britannique de la Santé confirme qu’un visiteur venant d’un pays de l’Union ou de Suisse peut utiliser une CEAM valide délivrée par son pays d’origine pour des soins médicalement nécessaires, y compris pour une pathologie préexistante et une maternité de routine, à condition que le motif du voyage ne soit pas d’accoucher ou de se faire soigner. Il ajoute que les urgences et les consultations de médecine générale sont gratuites pour tout le monde, et que la surtaxe n’est pas due pour une demande de visa de six mois ou moins déposée depuis l’étranger.
Une assurance internationale ne remplit pas automatiquement une obligation nationale
Le règlement européen dit « Rome I » (règlement (CE) n° 593/2008) le prévoit à son article 7, paragraphe 4, point a) : « le contrat d’assurance ne satisfait à l’obligation de souscrire une assurance que s’il est conforme aux dispositions spécifiques relatives à cette assurance prévues par l’État membre qui impose l’obligation ». Un contrat santé international, même très complet, ne vous met donc pas en règle avec l’obligation d’assurance néerlandaise s’il n’en respecte pas les règles propres. La Suisse n’est pas membre de l’Union et ne relève pas de ce règlement : c’est l’autorité désignée par le canton qui contrôle votre affiliation et, au besoin, la décide à votre place.
Un contrat vendu depuis un autre pays de l’Union : ce que ça change
Un assureur agréé dans un pays de l’Espace économique européen peut vous vendre un contrat depuis l’étranger. C’est légal, et c’est même le principe du marché unique de l’assurance. Trois conséquences pratiques méritent votre attention.
- Le droit applicable n’est pas forcément le droit français. Pour ce type de contrat, le règlement « Rome I » ne permet de choisir la loi applicable que dans une liste fermée, et il tranche à défaut de choix, à son article 7, paragraphe 3 : « le contrat est régi par la loi de l’État membre où le risque est situé au moment de la conclusion du contrat ». Si vous résidez en Espagne, c’est le droit espagnol qui s’applique, avec ses délais, ses exclusions et ses recours.
- Le médiateur compétent n’est pas non plus le vôtre. Un litige avec un assureur étranger ne se règle pas devant La Médiation de l’Assurance française. Vérifiez, avant de signer, quel organisme de médiation est nommé dans la notice.
- Le contrôle de l’intermédiaire reste vérifiable. Si le courtier ou l’agent est français, il doit figurer au registre de l’ORIAS. Si l’assureur est français, il relève de l’ACPR. Un intermédiaire installé dans un autre pays européen dépend du registre et du superviseur de son pays d’origine, qui existent aussi et qui se consultent.
Les risques et les exclusions à vérifier avant de signer
Les six points qui décident vraiment
Ils ne figurent presque jamais dans les arguments de vente, ils figurent toujours dans la notice d’information.
- Le questionnaire de santé et les antécédents. Une assurance privée facultative peut refuser, surtarifer ou exclure une pathologie déjà connue. Un régime public, non.
- Le délai de carence, et son cousin le malus d’entrée tardive. Le premier retarde l’entrée en jeu des garanties, parfois de plusieurs mois sur le dentaire, l’optique et la maternité. Le second, comme le Lifetime Community Rating irlandais, majore durablement la prime parce que vous avez souscrit tard.
- La territorialité. Un contrat local couvre le pays où vous résidez. Vos séjours en France, eux, ne sont pas automatiquement couverts.
- Le plafond annuel et les sous-plafonds. Un plafond global rassurant peut cacher une limite basse par poste.
- Ce que le contrat n’a pas le droit de couvrir. Aux Pays-Bas et en Suisse, la franchise obligatoire reste à votre charge, quel que soit le contrat supplémentaire souscrit.
- La résiliation. Les règles françaises de résiliation à tout moment après un an ne suivent pas un contrat soumis au droit d’un autre pays.
Information générale
Cette page présente une information générale et datée. Elle ne remplace pas un conseil professionnel, ni la réponse de votre caisse d’assurance maladie, ni la lecture des conditions générales du contrat que vous envisagez. Les chiffres de couverture et de reste à charge de l’OCDE portent sur 2022, sauf ceux de la France (2019) et de l’Espagne (2020) ; ceux de la DREES portent sur 2021 ; les montants et seuils nationaux cités sont ceux de 2026. Tous sont susceptibles d’évoluer à chaque nouvelle édition des publications citées et à chaque révision annuelle des barèmes.
Questions fréquentes
Existe-t-il une assurance santé valable dans toute l’Europe ?
Aucun produit unique et européen n’existe. Ce qui existe, c’est d’un côté la coordination des régimes publics, qui désigne un seul pays compétent pour chaque personne, de l’autre des contrats privés vendus par des assureurs agréés dans un pays de l’Espace économique européen. Certains de ces contrats, dits internationaux, couvrent une zone géographique large incluant toute l’Europe : c’est le sujet de notre comparatif de la meilleure assurance santé internationale.
Une assurance internationale peut-elle remplacer l’assurance obligatoire aux Pays-Bas ou en Suisse ?
Pas d’office. Le règlement européen « Rome I » précise qu’un contrat ne satisfait à une obligation d’assurance que s’il est conforme aux règles spécifiques de l’État qui impose cette obligation. Aux Pays-Bas, l’obligation vise l’assurance de base néerlandaise. En Suisse, c’est l’autorité cantonale qui contrôle l’affiliation et vous affilie d’office si vous ne l’avez pas fait dans les trois mois. Faites valider votre contrat par l’organisme compétent avant de compter dessus.
La carte européenne d’assurance maladie remplace-t-elle une assurance privée ?
Non. Elle donne accès aux soins médicalement nécessaires pendant un séjour temporaire, aux conditions du pays visité, donc avec les tickets modérateurs locaux. Elle ne prend en charge ni le rapatriement sanitaire, ni les soins programmés, ni l’assistance, et elle n’évite pas toujours l’avance de frais. Elle reste acceptée au Royaume-Uni pour les visiteurs venant de l’Union, ce que le ministère britannique de la Santé confirme.
Ma mutuelle française me suit-elle si je m’installe dans un autre pays européen ?
Pas automatiquement. Une complémentaire santé française est conçue pour intervenir après un remboursement de l’Assurance maladie française. Si vous cotisez désormais au régime d’un autre pays, ce mécanisme n’a plus d’objet. Vérifiez la clause de territorialité de votre contrat et, le cas échéant, sa garantie « expatriation ».
Dans quels pays l’assurance privée est-elle obligatoire ?
Aux Pays-Bas et en Suisse, la couverture de base elle-même est portée par des assureurs privés mis en concurrence, et l’affiliation est obligatoire pour tous les résidents. Ce n’est pas un supplément de confort, c’est le socle. En Allemagne, l’assurance privée n’est pas obligatoire mais elle peut, pour les indépendants, les fonctionnaires et les salariés au-delà de 77 400 € de revenu annuel en 2026, remplacer la caisse publique.
Pourquoi 97 % des Belges ont-ils une complémentaire, comme les Français, avec un reste à charge deux fois plus élevé ?
Parce que la couverture publique belge laisse plus de choses de côté. En 2022, le régime obligatoire y prend en charge 67,4 % des soins de ville et 32,6 % du dentaire, contre 85,3 % et 67,3 % en France. Le taux de personnes couvertes dit qui a une complémentaire, pas ce qu’elle rembourse.
Un assureur étranger peut-il vraiment m’assurer alors que je vis en France ?
Oui, s’il est agréé dans un État de l’Espace économique européen. Le point de vigilance n’est pas la légalité mais le droit applicable, le médiateur compétent et le superviseur : ils dépendent du pays où le risque est situé et du pays d’agrément de l’assureur, pas de votre nationalité.
Ce qu’il faut retenir
Il n’existe pas d’assurance santé privée européenne. Il existe une coordination publique qui désigne votre pays compétent, et douze marchés privés qui ne servent pas à la même chose. Avant de comparer des contrats, identifiez d’abord votre situation, puis regardez ce que le système public laisse réellement de côté dans le pays où vous allez vivre, et à quel prix il vous y fait entrer. C’est ce trou, et lui seul, qui définit ce que vous avez besoin d’acheter.
Si votre projet est une installation longue hors de France, notre guide sur comment choisir son assurance santé selon son profil et son budget vous aidera à poser le cadre avant de demander des devis.
Vous partez vivre dans un autre pays européen ?
Comparez d’abord les familles de solutions, puis vérifiez vos droits publics : les deux se décident ensemble, jamais l’un après l’autre.
Comparer les assurances santé internationalesVérifier mes droits publics
Sources primaires. OCDE et Commission européenne, Health at a Glance: Europe 2024, figures 5.5, 7.4 et 7.5, fichiers de données du 18 novembre 2024. DREES, La complémentaire santé : acteurs, bénéficiaires, garanties, édition 2024, fiche 05 « La place de l’assurance santé privée dans les systèmes de santé occidentaux ». Commission européenne, portail Your Europe, « Votre couverture médicale », page vérifiée le 15 janvier 2026. Règlement (CE) n° 883/2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, article 11. Règlement (CE) n° 593/2008 (« Rome I »), article 7. Rijksoverheid.nl, pages « Is een zorgverzekering verplicht ? », « Wat kost het om een zorgverzekering af te sluiten ? » et « Wanneer betaal ik een eigen risico voor mijn zorg ? ». Office fédéral de la santé publique (Suisse), « FAQ obligation de s’assurer » et « Participation aux coûts pour assurés domiciliés en Suisse ». Bundesministerium für Gesundheit, « Wechsel zwischen GKV und PKV », mise à jour du 19 janvier 2026, et Bundesministerium für Arbeit und Soziales, paramètres de sécurité sociale 2026. Health Insurance Authority (Irlande), « Lifetime community rating ». GOV.UK, « Pay for UK healthcare as part of your immigration application » et « Healthcare for visitors to the UK from the EU ». Article publié le 10 août 2026.






