Assurance santé expatrié à La Réunion : ce dont vous avez vraiment besoin

Illustration : l'ile de La Reunion avec une croix medicale et une liaison en pointilles vers la metropole

L’essentiel en 30 secondes

  • La Réunion est un département français. Dans les départements et régions d’outre-mer, dit l’article 73 de la Constitution, « les lois et règlements sont applicables de plein droit ». Le code de la sécurité sociale y applique donc la législation générale. Vous n’y êtes pas expatrié, vous y êtes chez vous.
  • Votre carte Vitale fonctionne, votre dossier est simplement géré par la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) de La Réunion au lieu d’une CPAM.
  • Un contrat d’assurance santé « expatrié » n’a donc aucun objet ici. L’assurance volontaire de la Caisse des Français de l’Étranger est réservée par la loi à celui « qui réside à l’étranger ».
  • Ce qui change vraiment, ce sont les prix. La consultation d’un généraliste de secteur 1 est facturée 36 € à La Réunion contre 30 € en métropole, et les tarifs hospitaliers y sont majorés de 34 %, le coefficient le plus élevé de France.
  • Le mot « expatrié » redevient juste dans deux cas : quand vous quittez La Réunion pour l’étranger, et quand vous partez vivre en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie ou à Wallis-et-Futuna, qui ont leur propre régime de sécurité sociale.

Tapez « assurance santé expatrié La Réunion » dans Google et vous obtenez une page de résultats qui se contredit elle-même. Le deuxième résultat est une page d’assureur classée dans la rubrique Destinations, Afrique. Un autre vous propose une assurance pour l’île Maurice. Le résumé automatique de Google, lui, cite une page consacrée à Saint-Barthélemy, à plus de 13 000 kilomètres de là. Et pendant ce temps, la Caisse des Français de l’Étranger fait figurer « REUNION » dans la liste déroulante « Quel est votre pays de résidence ? » de son propre simulateur de cotisation.

Cette confusion a un coût très concret : des gens souscrivent une couverture internationale à plusieurs centaines d’euros par an pour un territoire où la Sécurité sociale française s’applique intégralement. Cet article remet les choses à leur place, texte par texte, et vous dit ce qu’il faut réellement prévoir quand on vit, ou quand on part vivre, à La Réunion.

Illustration : deux cartes d'assure identiques reliees par une longue ligne pointillee, une a chaque extremite du cadre
Neuf mille quatre cents kilomètres séparent Paris de Saint-Denis, et un seul régime d’assurance maladie les relie.

La Réunion n’est pas l’étranger, et ce n’est pas une question de vocabulaire

Le point de départ est constitutionnel. La Réunion est un département et une région d’outre-mer au sens de l’article 73 de la Constitution du 4 octobre 1958, dont le premier alinéa énonce : « Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. » Le code de la sécurité sociale en tire les conséquences à son article L751-1, en vigueur depuis le 16 octobre 2015 : « Les dispositions du présent titre s’appliquent en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin à l’ensemble des bénéficiaires de la législation générale de sécurité sociale, y compris les membres des professions agricoles. »

Un détail du même article 73 achève de trancher la question, et il vise La Réunion nommément. Les autres départements d’outre-mer peuvent être habilités à fixer eux-mêmes certaines règles applicables chez eux. Pas La Réunion : l’avant-dernier alinéa dispose que « la disposition prévue aux deux précédents alinéas n’est pas applicable au département et à la région de La Réunion ». Autrement dit, de tous les territoires ultramarins français, La Réunion est celui dont le droit s’écarte le moins de celui de la métropole. C’est exactement l’inverse du territoire où l’on s’expatrie.

Concrètement, une seule chose change par rapport à la métropole : l’organisme. L’article L752-1 du même code prévoit que « l’organisation technique et financière de la sécurité sociale comprend notamment en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à La Réunion, une caisse générale de sécurité sociale et une caisse d’allocations familiales dont le siège est fixé par arrêté interministériel ». La CGSS de La Réunion remplace donc, sur l’île, la CPAM, l’Urssaf et la Carsat réunies. Vous gardez votre numéro de sécurité sociale, votre carte Vitale, votre compte ameli, votre médecin traitant déclaré et vos droits ouverts.

La phrase qui tranche

Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss), l’organisme public français chargé de la coordination internationale, pose lui-même la définition dans un encadré de sa page consacrée à la Nouvelle-Calédonie : « Le terme « métropole » désigne ici la France métropolitaine et les départements d’outre-mer (DOM). » Pour l’institution qui gère les frontières de la Sécurité sociale française, La Réunion est du côté « métropole » de la ligne. Pas du côté « étranger ».

Dernier verrou, et il est décisif quand on parle d’assurance : l’assurance volontaire gérée par la Caisse des Français de l’Étranger n’est pas ouverte aux résidents des DROM. L’article L762-1 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 27 décembre 2018, la réserve au ressortissant de l’Union, de l’EEE ou de Suisse « qui réside à l’étranger et qui n’est pas soumis à la législation française de sécurité sociale ». À La Réunion, vous êtes soumis à la législation française de sécurité sociale. Les deux conditions sont contredites.

Pourquoi la moitié d’Internet vous vend quand même un contrat d’expatrié

Parce que la requête existe et qu’elle rapporte. La page qui occupe la deuxième position organique sur ce mot-clé est celle d’APRIL International, intitulée « L’assurance santé à la Réunion ». Elle est rangée dans l’arborescence du site sous Destinations, puis Afrique, et le formulaire de devis affiche « Réunion » dans le champ « Pays de couverture ».

Capture d'ecran de la page APRIL International consacree a La Reunion, classee dans Destinations puis Afrique, avec La Reunion en pays de couverture
Le fil d’Ariane de la page classe La Réunion dans « Destinations, Afrique », et le champ « Pays de couverture » la traite comme un pays. Capture du 7 août 2026, april-international.com.

Le plus intéressant est que la page elle-même dit le contraire de ce qu’elle vend. On y lit, mot pour mot : « En tant que département d’outre-mer, la Réunion offre donc des prestations similaires à celles de la métropole. » La phrase qui suit immédiatement enchaîne sur les expatriés « non affiliés à la Sécurité sociale française », c’est-à-dire un cas de figure qui existe, mais qui tient au statut de la personne, pas au fait d’être à La Réunion. Et le bloc de recommandations en bas de page range l’île aux côtés de l’Égypte, du Nigéria et des deux Congo.

Capture d'ecran du bloc autres destinations d'APRIL International : Egypte, Nigeria, Republique democratique du Congo, Republique du Congo
Les « autres destinations » proposées depuis la page Réunion : Égypte, Nigéria, République démocratique du Congo, République du Congo. Capture du 7 août 2026.

Le même flottement se retrouve chez un acteur public. Sur la page de son offre MondExpat Santé, la Caisse des Français de l’Étranger propose un simulateur de cotisation dont la première question est « Quel est votre pays de résidence ? ». La liste déroulante contient REUNION, mais aussi GUADELOUPE, MARTINIQUE, GUYANE FRANCAISE et MAYOTTE, entre MAROC et MEXIQUE. La page précise pourtant, deux colonnes plus à gauche, que l’offre couvre les frais de santé des expatriés « partout dans le monde y compris lors de vos séjours de moins de trois mois en France ».

Capture d'ecran du simulateur de cotisation de la Caisse des Francais de l'Etranger avec REUNION selectionne comme pays de residence
Le simulateur de la CFE accepte REUNION comme « pays de résidence ». Capture du 7 août 2026, cfe.fr.

Ce que ça vous coûte si vous vous laissez convaincre

Une assurance santé internationale se paie entre quelques centaines et plusieurs milliers d’euros par an selon l’âge et la zone. Souscrite pour La Réunion, elle vient s’ajouter à une couverture publique qui joue déjà, et à une complémentaire santé qui joue déjà aussi. Vous payez trois fois le même risque. Pire, ces contrats remboursent en général « au premier euro », c’est-à-dire à la place de la Sécurité sociale : dans un département où la Sécu paie, le contrat n’a aucun trou à combler.

Où la Sécurité sociale française vous suit, et où elle s’arrête vraiment

La vraie frontière interne de la protection sociale française ne passe pas entre la métropole et l’outre-mer. Elle passe à l’intérieur de l’outre-mer, et presque personne ne la trace. D’un côté, les départements et régions d’outre-mer plus Saint-Martin et Saint-Barthélemy, où la législation générale de sécurité sociale s’applique. De l’autre, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, qui disposent de leur propre régime. Là, et seulement là, le mot « expatrié » retrouve un sens administratif.

Illustration : archipel de territoires ultramarins, les uns rattaches a la Securite sociale francaise, les autres a un regime local
Un même drapeau, deux régimes d’assurance maladie : la ligne de partage se joue territoire par territoire.
Territoire Statut Régime d’assurance maladie Organisme compétent Justificatif de droits
La Réunion Département et région d’outre-mer (art. 73) Régime général de la Sécurité sociale CGSS de La Réunion Carte Vitale
Mayotte Département et région d’outre-mer (art. 73) Régime propre à Mayotte, aligné progressivement Caisse de sécurité sociale de Mayotte Carte Vitale
Guadeloupe et Martinique Départements et régions d’outre-mer (art. 73) Régime général de la Sécurité sociale CGSS de Guadeloupe, CGSS de Martinique Carte Vitale
Guyane Département et région d’outre-mer (art. 73) Régime général de la Sécurité sociale CGSS de Guyane Carte Vitale
Saint-Martin Collectivité d’outre-mer (art. 74) Régime général de la Sécurité sociale CGSS de Guadeloupe Carte Vitale
Saint-Barthélemy Collectivité d’outre-mer (art. 74) Régime général de la Sécurité sociale Caisse de prévoyance sociale de Saint-Barthélemy Carte Vitale
Saint-Pierre-et-Miquelon Collectivité d’outre-mer (art. 74) Régime particulier de sécurité sociale Caisse de prévoyance sociale de Saint-Pierre-et-Miquelon Carte de l’organisme local
Polynésie française Collectivité d’outre-mer (art. 74) Régime local, distinct du régime français Caisse de prévoyance sociale de Polynésie française Carte de l’organisme local
Nouvelle-Calédonie Collectivité à statut particulier (titre XIII) Régime local, distinct du régime français CAFAT Carte de l’organisme local
Wallis-et-Futuna Collectivité d’outre-mer (art. 74) Dispositif de santé propre au territoire Agence de santé de Wallis-et-Futuna Carte de l’organisme local

Sources : Constitution du 4 octobre 1958 (art. 73 et 74), code de la sécurité sociale (art. L751-1 et L752-1), Cleiss. Tableau arrêté au 7 août 2026.

Êtes-vous expatrié, oui ou non ?

Trois questions, 60 combinaisons. L’outil lit les deux tableaux de référence de cette page.

1Quel territoire ?

2Vous arrivez…

3Pour…

Le régime qui vous couvre
Régime général de la Sécurité sociale
L’organisme compétent
CGSS de La Réunion
Votre justificatif de droits
Carte Vitale
La démarche à faire
Rien à ouvrir. Signalez votre déménagement, votre dossier est transféré à la caisse locale.

Un contrat « expatrié » rembourse au premier euro, à la place d’un régime de base. Il n’a d’utilité que là où aucun régime de base français ne vous couvre. Information générale, qui ne remplace pas un conseil professionnel.

Votre situation Groupe 1 : DROM et Saint-Martin Groupe 2 : Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon Groupe 3 : Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna
Vous arrivez de France (métropole ou outre-mer) pour vous y installer Rien à ouvrir. Signalez votre déménagement, votre dossier est transféré à la caisse locale. Rien à ouvrir. Votre dossier passe à la caisse de proximité du territoire. Signalez votre départ à votre caisse, puis affiliez-vous au régime local dès votre arrivée.
Vous venez de France pour un séjour de moins de trois mois Votre carte Vitale suffit, comme dans n’importe quel département. Votre carte Vitale suffit, la législation française de sécurité sociale s’y applique. Un décret de coordination organise la prise en charge. Demandez le formulaire à votre caisse avant de partir.
Vous arrivez d’un pays de l’Union, de l’EEE ou de Suisse pour vous y installer Affiliation dans les mêmes conditions qu’en métropole : activité professionnelle, ou résidence stable et régulière. Affiliation dans les mêmes conditions qu’en métropole, mais la coordination européenne ne joue pas ici. Affiliation au régime local. La coordination européenne ne s’applique pas à ce territoire.
Vous venez d’un pays de l’Union, de l’EEE ou de Suisse pour un séjour court Votre carte européenne d’assurance maladie est valable : ce territoire fait partie de l’Union. Votre carte européenne ne vaut pas ici : ce territoire est hors Union européenne. Votre carte européenne ne vaut pas ici : ces territoires sont hors Union européenne.
Vous arrivez d’un pays hors Union européenne pour vous y installer Titre de séjour régulier, puis affiliation. Prévoyez de couvrir les premiers mois à vos frais. Titre de séjour régulier, puis affiliation auprès de la caisse du territoire. Affiliation au régime local, selon les règles propres au territoire.
Vous venez d’un pays hors Union européenne pour un séjour court Visa spécifique outre-mer exigé, et assurance de séjour intégralement à votre charge. Visa spécifique outre-mer exigé, et assurance de séjour intégralement à votre charge. Visa spécifique outre-mer exigé, et assurance de séjour intégralement à votre charge.

Le paradoxe européen de La Réunion

La Réunion fait partie de l’Union européenne : elle est nommée à l’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, aux côtés de la Guadeloupe, de la Guyane française, de la Martinique, de Mayotte, de Saint-Martin, des Açores, de Madère et des îles Canaries, qui forment les régions ultrapériphériques. La carte européenne d’assurance maladie y est donc valable pour un ressortissant d’un autre État membre. Mais l’île ne fait pas partie de l’espace Schengen. La Direction générale des étrangers en France l’écrit noir sur blanc : « Les visas pour l’outre-mer ne permettent pas de se rendre dans le territoire européen de la France ou dans les États membres de l’espace Schengen. » Un visiteur soumis à visa doit donc demander un visa spécifique pour La Réunion, distinct du visa Schengen, et son assurance de séjour est intégralement à sa charge.

Ce que vous payez vraiment à La Réunion

Voilà le sujet dont personne ne parle, et c’est pourtant celui qui change votre budget. Les taux de remboursement de la Sécurité sociale sont les mêmes qu’en métropole. Les tarifs, eux, ne le sont pas.

Le tableau des tarifs conventionnels publié par l’Assurance maladie, mis à jour le 17 mars 2026, comporte quatre colonnes : Métropole, Guadeloupe et Martinique, Guyane et Réunion, Mayotte. La consultation d’un médecin généraliste de secteur 1, codée G, y vaut 30,00 € en métropole et 36,00 € à La Réunion. La consultation de spécialiste passe de 26,50 € à 31,80 €. L’avis ponctuel de consultant passe de 60,00 € à 72,00 €. Le gériatre, de 37,00 € à 44,40 €.

Capture d'ecran du tableau des tarifs conventionnels d'ameli : consultation de generaliste a 30 euros en metropole et 36 euros en Guyane et a La Reunion
Le tableau des tarifs conventionnels d’ameli.fr distingue quatre zones tarifaires. Capture du 7 août 2026, page mise à jour le 17 mars 2026.

Ce que ça donne, une consultation en main

Prenons un généraliste de secteur 1, dans le parcours de soins, hors affection de longue durée. La Sécurité sociale rembourse 70 % du tarif, moins la participation forfaitaire de 2 €. Le calcul se fait tout seul :

Consultation d’un généraliste de secteur 1 Métropole La Réunion
Tarif conventionnel 30,00 € 36,00 €
Remboursement de l’Assurance maladie (70 %) 21,00 € 25,20 €
Participation forfaitaire déduite 2,00 € 2,00 €
Versé par l’Assurance maladie 19,00 € 23,20 €
Reste à charge total 11,00 € 12,80 €
Dont ticket modérateur, remboursable par une complémentaire 9,00 € 10,80 €
Dont participation forfaitaire, jamais remboursable par un contrat responsable 2,00 € 2,00 €

Calcul à partir des tarifs conventionnels publiés par l’Assurance maladie au 17 mars 2026 et de la participation forfaitaire de 2 € par consultation, plafonnée à 50 € par an et par personne. Hypothèse : parcours de soins respecté, hors ALD, hors exonération.

L’écart de reste à charge est de 1,80 € par consultation. Il paraît anodin, il ne l’est pas : sur un foyer de quatre personnes qui consulte une dizaine de fois par an, il dépasse 70 €, et il pèse d’abord sur la complémentaire, qui prend en charge un ticket modérateur 20 % plus élevé. C’est la raison pour laquelle une complémentaire calibrée sur les tarifs métropolitains laisse mécaniquement plus de reste à charge à La Réunion.

À l’hôpital, le surcoût est reconnu officiellement

Illustration : deux batiments hospitaliers, celui de La Reunion majore d'un bandeau qui figure le surcout de 34 pour cent
Le coefficient géographique majore les tarifs hospitaliers réunionnais de 34 % en 2026.

Le financement des hôpitaux ultramarins passe par un coefficient géographique, prévu à l’article L162-22-3-3 du code de la sécurité sociale. L’État le fixe pour les établissements implantés dans certaines zones « afin de tenir compte d’éventuels facteurs spécifiques qui modifient de manière manifeste, permanente et substantielle le prix de revient de certaines prestations dans la zone considérée ». C’est l’article 5 de l’arrêté du 12 janvier 2026 sur la campagne tarifaire qui renvoie la liste des zones et la valeur des coefficients à son annexe XIII.

La notice technique n° ATIH-34-1-2026 du 18 février 2026 publie le barème département par département, et il tient en dix lignes. Corse du Sud et Haute-Corse : 11,00 %. Paris et les sept départements franciliens : 7,00 %. Guadeloupe et Martinique : 27,00 %. Guyane : 33,10 %. La Réunion et Mayotte : 34,00 %, le niveau le plus élevé de France. La notice précise que « les coefficients géographiques demeurent inchangés en 2026 par rapport à 2025 ». Concrètement, un même séjour hospitalier est facturé à l’Assurance maladie 34 % plus cher à Saint-Denis qu’à Lille.

Ce niveau vient d’une étude méthodologique de la DREES (DREES Méthodes n° 14, novembre 2023), qui a rebâti le calcul poste par poste. Dans son scénario central, elle chiffre le surcoût réunionnais à 34,0 %, contre 33,6 % à Mayotte, 33,1 % en Guyane, 26,4 % en Martinique, 22,2 % en Guadeloupe et 8,0 % en Corse, quand le coefficient alors en vigueur à La Réunion était de 31,0 %. Revenant sur la révision précédente, celle de 2017, l’étude note que La Réunion « est restée la zone géographique marquée par les surcoûts les plus importants ». Charges de personnel, gaz médicaux, dispositifs médicaux, maintenance, frais d’acheminement : soigner y coûte structurellement plus cher qu’ailleurs en France.

36 €
la consultation d’un généraliste de secteur 1 à La Réunion, contre 30 € en métropole
34 %
le coefficient géographique appliqué aux tarifs hospitaliers réunionnais en 2026, le plus élevé de France
23 €
le forfait journalier hospitalier, identique partout en France depuis le 1er mars 2026

En revanche, tout ce qui est forfaitaire ne bouge pas d’un centime. Le forfait journalier hospitalier est de 23 € par jour, et de 17 € en service psychiatrique, depuis le 1er mars 2026. La participation forfaitaire est de 2 € par consultation ou acte, dans la limite de 8 € par jour et de 50 € par an. Les franchises médicales sont plafonnées séparément à 50 € par an. Aucune de ces sommes n’est remboursable par un contrat responsable, à La Réunion comme ailleurs.

Les 9 400 kilomètres que votre contrat ne couvre pas

C’est le seul point sur lequel les vendeurs d’assurance internationale ont raison de vous alerter, mais ils se trompent de produit. Certaines prises en charge lourdes ne sont pas disponibles sur l’île et supposent un transfert vers la métropole. Ce transfert ne relève pas d’un contrat d’expatrié : il relève du transport sanitaire de l’Assurance maladie, et il obéit à une règle très précise.

L’article R322-10-4 du code de la sécurité sociale, en vigueur depuis le 28 mai 2014, subordonne la prise en charge des frais de transport à l’accord préalable de la caisse, après avis du contrôle médical, dans trois cas : les trajets « exposés sur une distance excédant 150 kilomètres », les transports vers un lieu de soins éloigné prévus par l’article R322-10, et les transports « par avion et par bateau de ligne régulière ». Un vol Saint-Denis vers Paris coche deux de ces trois cases. Seule l’urgence attestée par le médecin prescripteur dispense de l’accord. Deux garde-fous à connaître : le contrôle médical vérifie « que les soins ne peuvent être dispensés dans une structure de soins située à une distance n’excédant pas 150 kilomètres », et « l’absence de réponse dans un délai de quinze jours à compter de l’expédition de la demande vaut accord préalable ».

Deux points aveugles, à anticiper :

  • L’accompagnant. Les frais de transport d’un accompagnant ne sont pris en charge que sous conditions. L’Assurance maladie demande que le médecin précise sur la prescription que la personne transportée a besoin d’être accompagnée, ou qu’il s’agit d’un enfant de moins de 16 ans. Le billet du conjoint qui suit par confort n’entre pas dans ce cadre.
  • L’hébergement sur place. Un séjour de plusieurs semaines en métropole pour un traitement suppose de se loger. La prise en charge du transport ne dit rien du logement, et très peu de complémentaires prévoient une garantie d’hébergement pour un proche. C’est là, et pas dans une assurance expatrié, que se trouve le vrai trou de couverture d’un Réunionnais : renseignez-vous auprès de l’établissement d’accueil, certains proposent un hébergement temporaire non médicalisé, et auprès de votre complémentaire.

Le bon réflexe, et il ne coûte rien

Relisez la garantie « assistance » de votre complémentaire santé et celle de votre carte bancaire avant de partir. Sur ces contrats, le rapatriement est presque toujours défini comme un retour vers le domicile. Quand votre domicile est à Saint-Denis de La Réunion, un transfert vers un hôpital parisien n’est pas un rapatriement, c’est un transport sanitaire interne. Ce n’est pas la même clause, et ce n’est pas le même payeur. Notre guide de la garantie rapatriement et de la couverture internationale détaille ce que les contrats d’assistance couvrent réellement, et à quelles conditions.

La complémentaire santé à La Réunion : locale ou nationale ?

Puisque le régime de base est le même, la question de la complémentaire se pose exactement comme en métropole. Une mutuelle nationale fonctionne parfaitement à La Réunion. Des acteurs locaux y sont solidement implantés, comme la Mutuelle générale solidarité de La Réunion, l’Union des mutuelles de La Réunion ou Prudence Créole, et l’écosystème local compte aussi des courtiers spécialisés.

Trois critères départagent réellement les offres sur l’île, et aucun des trois n’apparaît dans les comparateurs génériques :

  • Le tiers payant local. Une complémentaire qui n’a pas de conventionnement avec les professionnels réunionnais vous fera avancer les frais, y compris en optique et en dentaire.
  • Les garanties exprimées en pourcentage de la base de remboursement plutôt qu’en euros. Puisque la base de remboursement est plus élevée à La Réunion, une garantie à 200 % de la base suit automatiquement le tarif local, alors qu’un forfait en euros calibré sur la métropole reste figé.
  • La couverture pendant les séjours en métropole. Un contrat souscrit sur l’île doit couvrir vos soins lors des allers-retours, et notamment une hospitalisation programmée hors du département.

Ne résiliez jamais avant d’avoir souscrit

La résiliation infra-annuelle prévue à l’article L113-15-2 du code des assurances permet de résilier une complémentaire santé à tout moment après un an de contrat. C’est le nouvel organisme qui effectue les formalités et qui garantit l’absence d’interruption de couverture. Résilier soi-même avant d’avoir signé ailleurs, c’est prendre le risque de rester sans complémentaire pendant plusieurs semaines, avec un ticket modérateur plus élevé que la moyenne nationale.

Le seul cas où « expatrié » est le bon mot : partir DE La Réunion

Illustration : une carte d'assure et un dossier de droits, un contrat d'expatrie mis de cote
Un contrat d’expatrié ne se justifie que lorsque vos droits français cessent de vous suivre.

Un Réunionnais qui part vivre à Maurice, à Madagascar, en Afrique du Sud, en Australie ou au Canada est, lui, un vrai expatrié au sens de la Sécurité sociale. Ses droits français se ferment quand il transfère sa résidence, et il se retrouve devant les mêmes choix qu’un métropolitain qui part : adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger et compléter, ou souscrire un contrat au premier euro. Notre page sur la prise en charge de vos soins quand vous quittez la France récapitule les droits publics ouverts selon la situation, formulaire par formulaire.

Deux particularités méritent d’être connues quand on part depuis l’océan Indien :

  • Maurice est à 230 kilomètres, et c’est déjà l’étranger. La carte européenne d’assurance maladie n’y sert à rien, aucun accord de sécurité sociale ne couvre les frais de santé courants d’un résident français sur place, et les cliniques privées mauriciennes exigent un paiement ou une prise en charge avant l’admission.
  • La CFE publie son barème, presque personne d’autre ne le fait. Ses cotisations sont trimestrielles. Sur la version d’avril 2026 du barème individuel, l’offre MondExpat Santé va de 180 € par trimestre pour une personne seule de moins de 25 ans à 909 € à partir de 70 ans, et de 528 € à 1 623 € en famille. Une catégorie aidée à 228 € par trimestre existe pour les adhésions individuelles hors France et hors Europe, sous condition de ressources inférieures à 24 030 €. La CFE précise que ces cotisations « sont fixées par arrêté ministériel et peuvent être modifiées à n’importe quel moment ».

Si c’est votre cas, notre guide sur le choix d’une formule d’assurance santé pour expatrié détaille la comparaison entre CFE seule, CFE plus complémentaire et contrat au premier euro, et notre page sur la meilleure assurance santé internationale passe en revue les sept critères qui départagent réellement deux devis.

Quatre erreurs qui coûtent cher


  1. Souscrire un contrat international « pour être tranquille »

    Vous payez une couverture au premier euro dans un département où l’Assurance maladie paie déjà. Le contrat ne comble aucun trou, et vous continuez à avoir besoin d’une complémentaire pour le ticket modérateur.


  2. Résilier sa complémentaire métropolitaine avant le déménagement

    Rien ne l’impose. Vérifiez d’abord que votre contrat actuel couvre le département, puis faites jouer la résiliation infra-annuelle par le nouvel organisme si vous changez.


  3. Demander une carte européenne d’assurance maladie pour partir à La Réunion

    Elle ne sert à rien : la CEAM couvre les soins imprévus dans un autre État de l’Union, pas dans un autre département du même pays. Votre carte Vitale suffit.


  4. Compter sur la garantie rapatriement de sa carte bancaire pour un transfert vers la métropole

    Le rapatriement est presque toujours défini comme un retour vers le domicile. Depuis un domicile réunionnais, le transfert vers la métropole relève du transport sanitaire, soumis à prescription et à accord préalable.

Questions fréquentes

Faut-il une assurance santé pour vivre à La Réunion ?

Une assurance santé internationale, non. Une complémentaire santé, oui, exactement comme en métropole, et pour la même raison : la Sécurité sociale ne rembourse pas la totalité des soins. Pour un simple séjour touristique sur l’île, la question est encore différente et relève de l’assurance voyage, utile surtout pour l’assistance et la responsabilité civile. Le ticket modérateur y est même un peu plus élevé, puisqu’il est calculé sur des tarifs supérieurs.

Ma carte Vitale fonctionne-t-elle à La Réunion ?

Oui. La Réunion relève de la même législation de sécurité sociale que le reste de la France. Votre dossier est géré par la Caisse générale de sécurité sociale de La Réunion, qui exerce sur l’île les missions confiées ailleurs à une CPAM. Si vous vous installez durablement, signalez votre changement d’adresse à votre caisse : le transfert du dossier est automatique.

Un expatrié peut-il adhérer à la Caisse des Français de l’Étranger pour La Réunion ?

Non. L’article L762-1 du code de la sécurité sociale réserve cette assurance volontaire à la personne « qui réside à l’étranger et qui n’est pas soumis à la législation française de sécurité sociale ». Un résident de La Réunion remplit l’inverse des deux conditions. Le fait que le simulateur de la CFE propose REUNION dans sa liste de pays de résidence ne change rien au droit applicable.

Un ressortissant européen peut-il utiliser sa carte européenne d’assurance maladie à La Réunion ?

Oui, pour un séjour temporaire. La Réunion est une région ultrapériphérique de l’Union européenne, où les règlements de coordination des systèmes de sécurité sociale s’appliquent. Attention, ce n’est pas vrai partout en outre-mer : Saint-Barthélemy, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon ne sont pas dans l’Union.

Un visa Schengen permet-il de se rendre à La Réunion ?

Non. Les règles de l’espace Schengen ne s’appliquent qu’au territoire européen de la France. Un visa spécifique pour l’outre-mer est nécessaire, et la Direction générale des étrangers en France précise que « les visas pour l’outre-mer ne permettent pas de se rendre dans le territoire européen de la France ou dans les États membres de l’espace Schengen ». Les citoyens de l’Union, eux, entrent et séjournent jusqu’à 90 jours sans formalité.

Pourquoi une consultation coûte-t-elle plus cher à La Réunion ?

Parce que la convention médicale fixe des tarifs distincts par zone. Le tableau publié par l’Assurance maladie comporte quatre colonnes, dont une commune à la Guyane et à La Réunion. La consultation d’un généraliste de secteur 1 y est fixée à 36 € contre 30 € en métropole. Le taux de remboursement, lui, reste de 70 %.

Et si je pars vivre en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie ?

Là, c’est une autre histoire. Ces collectivités ont leur propre régime de sécurité sociale. Le Cleiss écrit ainsi que « la Nouvelle-Calédonie dispose d’un régime propre de sécurité sociale, distinct du régime métropolitain, et couvrant l’ensemble des risques ». Dès que vous y exercez une activité, vous relevez de la législation locale, sauf détachement. Signalez votre départ à votre caisse d’assurance maladie pour éviter d’avoir à rembourser des prestations versées à tort.

Votre couverture est-elle calibrée pour La Réunion ?

La Sécurité sociale y joue son rôle en entier. Ce qui se joue vraiment, c’est le niveau de votre complémentaire face à des tarifs plus élevés qu’en métropole. Comparez sur des garanties exprimées en pourcentage de la base de remboursement, pas en forfaits figés.

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Sources primaires : Constitution du 4 octobre 1958, article 73 ; code de la sécurité sociale, articles L751-1, L752-1, L762-1, L162-22-3-3 et R322-10-4 ; code des assurances, article L113-15-2 (Légifrance). Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 349 (EUR-Lex, JO C 202 du 7 juin 2016). Assurance maladie, « Tarifs conventionnels des médecins généralistes et spécialistes », page mise à jour le 17 mars 2026 ; « Frais de transport : prise en charge et remboursements », page mise à jour le 30 avril 2026 ; « Le forfait hospitalier » ; « La participation forfaitaire de 2 € » (ameli.fr). Cleiss, « Vous partez travailler en Nouvelle-Calédonie ». Arrêté du 12 janvier 2026 fixant les tarifs nationaux et les éléments de la campagne tarifaire 2026 pour les activités de médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie des établissements de santé, article 5 et annexe XIII. ATIH, notice technique n° ATIH-34-1-2026 du 18 février 2026. DREES, « Actualisation des coefficients géographiques des départements d’Outre-mer et de Corse », DREES Méthodes n° 14, novembre 2023. Direction générale des étrangers en France, « Les visas pour l’outre-mer ». Caisse des Français de l’Étranger, barème individuel d’avril 2026 et page MondExpat Santé. APRIL International, « L’assurance santé à la Réunion ». Distances calculées en orthodromie. Chiffres et captures relevés le 7 août 2026.

Information générale, qui ne remplace pas un conseil professionnel. Les montants et les règles cités valent au 7 août 2026 et peuvent évoluer. Pour une décision qui vous engage, vérifiez votre situation auprès de la CGSS de La Réunion, de votre organisme complémentaire ou d’un intermédiaire inscrit à l’ORIAS.

Amandine Carpentier